Dans les actus du D Lire de ce mois-ci (numéro 116), tu pourras lire, si ça n'est pas déjà fait, une critique du dernier tome de l'adaptation en BD de Robinson Crusoé (dans les Zactus, page 51). Et nous, à D Lire, comme on aime te donner toujours plus d'infos, on a posé quelques questions à Christophe Gaultier, l'auteur de cette magnifique adaptation. Pour lire ses réponses, clique vite sur "lire la suite" !
Christophe Gaultier, dessiné par... lui-même !
D Lire : Pouvez-vous nous raconter votre "rencontre" avec le roman Robinson Crusoé, écrit par Daniel Defoe ? Quel âge aviez-vous la première fois que vous avez lu ce roman ?
Christophe Gaultier : Je me souviens très bien avoir découvert l'histoire de Robinson Crusoé l'année de mes 10 ans. Je l'ai dévoré en quelques jours, et une fois terminé je l'avais tellement apprécié que je l'ai relu dans la foulée !
Pourquoi avez-vous décidé d'adapter cet incontournable de la littérature en BD ?
Jean-David Morvan, qui est le directeur de la collection Ex-libris de mon éditeur, Delcourt, m'a contacté et m'a demandé " Si tu devais adapter un chef d'œuvre de la littérature, lequel choisirais-tu? " Pour moi, c'était une évidence : Robinson Crusoé ! Il y a tout ce que j'aime dessiner : de l'aventure, des animaux, de grands décors ancrés dans une histoire ancienne...
Il y a dans les textes de la BD des tournures qui semblent anciennes... Avez-vous exactement repris le texte du roman original ?
Non Le texte a été entièrement réécrit par mes soins, il n'y a que quelques emprunts ça et là. Ceci dit, il me semblait important de garder le phrasé de l'époque qui est très beau, j'ai lu plusieurs ouvrages contemporains du XVIIIe siècle pour mieux m'immerger dans cette époque.
Est-ce compliqué d'adapter un roman déjà existant en bande dessinée ? N'avez-vous pas eu l'impression de devoir brider votre créativité en collant à une histoire déjà existante ?
Pour moi il n'y a pas vraiment eu de difficulté sur l'élaboration de ce travail. Il y a des scènes que j'ai choisi de ne pas relater, et il y en a plusieurs que j'ai décidé d'inventer, comme la scène avec le Perroquet ou encore celle avec le chef des pirates turcs. On ne peut pas parler d'une adaptation littérale, mais bien d'une adaptation libre.
Avez-vous adapté votre style de dessin aux situations que vit Robinson ?
Oui, mais cela se fait naturellement. Le dessin doit servir au mieux le texte. Cela dit, j'avais eu la chance de feuilleter une vieille édition du XIXe de Robinson Crusoé, illustrée par un graveur. Cela m'a peut-être un peu influencé.
A partir du moment où Robinson se retrouve seul, il se met à prier Dieu, alors que auparavant, il ne semble pas très croyant. Que pensez-vous de cette réaction ?
Je la trouve normale. A cette époque la religion prenait une place importante dans la vie des personnes de la classe sociale dont fait partie Robinson. Au début de l'histoire les choses de la religion ne l'intéressent pas, même si l'on devine une part mystique chez lui. En découvrant la bible sur le bateau échoué devant sa plage, Robinson y voit un compagnon. Et plus tard, en la lisant, une voix qui s'adresse directement à lui.
Comment définiriez-vous la relation entre Robinson et Vendredi ?
Il s'agit d'une relation double. Pour Robinson, Vendredi est à la fois un confident et un serviteur. En fait, malgré les 28 années d'isolement de Robinson, ses sales manies, comme celle d'avoir quelqu'un à ses ordres, ne l'ont pas quitté.
Si vous restiez seul pendant plus de 20 ans, pensez-vous que vous pourriez revenir à la vie en société facilement ?
Facilement, certainement pas, à l'allure ou change le monde, je pense que si je revenais après 20 ans de réclusion, je trouverais beaucoup de changements, je serai dépassé, sans doute.
Que pensez-vous du personnage de Robinson qui, malgré toutes les souffrances de la vie sauvage, semble y être plus heureux finalement que lors de sa vie précédente ? En êtes-vous proche ?
C'est quelqu'un qui aime le changement, qui est prêt a recommencer à zéro à chaque instant, c'est un éternel insatisfait. Un homme qui se rêve aventurier alors qu'il n'est pas vraiment équipé pour ce genre de vie. C'est un jeune homme oisif, pas très courageux. Malgré ses nombreux défauts il s'en sortira parce que c'est aussi un homme qui aime apprendre et découvrir.
Je dois bien reconnaître que par certains cotés je ressemble à ce type, ha ha !
Si vous aviez été Defoe, auriez-vous fait des choix différents des siens dans les péripéties de cette histoire ?
Sûrement quelques uns, puisque j'ai eu envie de broder, de prendre quelques libertés. Mais Defoe a eu une formidable idée, qu'il a su développer en un récit captivant !
Propos recueillis par Florent !
